Ça fait plus de deux ans maintenant que tous les mois je me rends sur ce quai. Je m’y rends toujours très tôt parce que j’ai hâte de savoir.
J’attends l’heure de passage de mon train pendant des jours, des heures. Je regarde passer les autres trains.
Qu’elles ont l’air heureuses les femmes à l’intérieur! Je voudrais tellement y rentrer, je les envie, je donnerai tout pour avoir un billet.
Une fois j’en ai trouvé un par terre, sur le quai, à la dernière minute. Mais le contrôleur m’a dit que c’était un faux et m’a demandé de sortir, je n’avais même pas eu le temps de m’assoir. Je les ai vus pourtant ces beaux sièges, qu’ils avaient l’air confortables !

Chaque mois depuis plus de deux ans j’attends sur ce même quai… Je m’assois sur le même banc, où le bois est usé par mon corps fatigué et où la peinture craquelle sous les litres de larmes que je verse à chaque fois. Je vois passer des milliers de trains, mais je n’ai toujours pas de billets.

Les femmes à côté de moi rentrent dans leur train, mes amies aussi. Elles savent qu’elles ont le droit, leur ticket à la main. Elles ne se retournent même pas pour regarder celles qui restent sur le quai.

Quand l’heure de mon train arrive, j’espère toujours apercevoir, caché derrière ma valise, ce billet merveilleux qui me donnerait enfin le droit d’entrer. Il n’est pas là.
Et le train démarre, je me lève, je tape aux vitres, à la porte, j’hurle qu’on me laisse entrer! Personne n’entend, personne n’écoute. Et le train part sans moi, toujours.

Je ne comprends pas pourquoi on ne me donne pas de ticket. Je pourrai l’acheter, je donnerai tout ce que j’ai pour l’acheter, mais voilà, ça ne s’achète pas il paraît. On nous le donne. Je ne sais pas pourquoi personne ne veut m’en donner. Pourtant je me suis rapprochée d’un prestataire, la pma, qui aide les gens à avoir un billet, mais pour nous ça ne fonctionne toujours pas.
Le pays des parents est pourtant si loin, la frontière si énorme, seul le train peut nous y emmener, sinon j’aurai déjà fait le chemin à pieds, peut importe les obstacles.
Qu’elles ont l’air heureuses ces femmes dans le train, comme je les envie.

Aujourd’hui, comme toujours, je suis encore sur mon banc, sur le quai, pour quelques heures, quelques jours? Je continue à chercher ce ticket des yeux… Et j’attends mon train.

Publicités